Une journée dans la vie de Madusha
Nous avons accompagné Madusha dans sa journée de travail, une jeune femme de la région de Sinharaja, responsable d’une coopérative paysanne et qui façonne, avec nous, des séjours dans le village.
La vieille camionnette quitte le hameau. Les cheveux dans le vent qui s’engouffre à l’arrière du véhicule, Madusha respire intensément, les yeux grand ouvert sur la forêt environnante. Avec un enthousiasme communicatif, elle explique : c’est pour tout cela que je ne veux pas quitter ma région. Elle fait allusion aux autres jeunes, qui s’exilent à Colombo ou ailleurs pour une place peut-être moins cahoteuse.
Mais justement, elle aime ces bosses qui donnent à sa vie couleurs et saveurs.
Nous revenons de chez Ariyarathne, un homme d’une soixantaine d’années qui vit à mi-hauteur d’une colline. On y accède par des petits sentiers tracés dans les jardins de thé. Avec sa femme Nanda, ils occupent une maisonnette à l’orée de la forêt. La jungle est bordée de jardins. C’est le couple qui s’en occupe - en particulier du thé. Et le rôle de Madusha et de l’équipe consiste à venir chercher les récoltes, peser les feuilles en vue du conditionnement puis suivre le processus de transformation et de vente - en vrac sur le marché local, ou en sachet pour l’export. Nanda, tout sourire, est très fière de sortir un bocal de tamarin, fraichement cueilli. Les fruits dégagent une odeur acidulée. Le bocal passe de mains en mains, chacun humant et commentant avec élan les saveurs et les vitamines promises dans cette pulpe.
La camion est maintenant chargé du thé dans la benne, car c’est le jour de collecte et Madusha a aussi rapporté le bocal de tamarin et quelques autres légumes du jardin. De maison en maison, ses visites remplissent le camion. Un énorme sac de pamplemousses, du poivre séché, des clous de girofle. Les produits sont pesés et les paysans recevront leur paiement une fois la vente effectuée, dans la petite boutique de la coopérative en ville.
En tant que co-responsable de cette coopérative, Madusha a aussi contribué au développement de sources alternatives de revenus pour les paysans. Entre autres, les “Homestays” : les membres de la coopérative, paysans de la région, peuvent ouvrir leurs maisons aux voyageurs de passage et participer à l’animation et à l’accueil des séjours. Ainsi, Achala est heureuse d’accueillir chez elle. Ses enfants s’animent en décrivant ces visites. Ils nous montrent les cahiers de vocabulaire où ils ont noté des listes de mots : Maman, avec la prononciation transcrite en cinghalais pour pouvoir s’entrainer et le sens du mot - “Amma” - dans une troisième colonne. Et ainsi de suite, les listes remplissent quelques pages colorées d’illustration. Ces séances d’échanges dérivent souvent en fous rires, jeux, selon les idées des uns et des autres, explique Madusha.
Ces visites d’ailleurs dans le village égaient les maisons qui reçoivent et enrichissent les esprits de part et d’autres.
“C’est pour toutes ces raisons que j’aime ce que je fais. Je mesure ma chance d’avoir un rôle à jouer dans le développement économique de ma région natale. Je me sens très utile au quotidien”.
Elle cite aussi les 70 membres de la coopérative, tous paysans qui participent pour certains à la gestion de l’entreprise. Le passage de voyageurs dans la région apporte bien sûr des revenus aux personnes impliquées dans l’accueil. Mais de façon tout aussi importante, cela met en valeur des territoires isolés. Les paysans perçoivent l’intérêt que l’on porte à leur travail car on s’intéresse à leur activité et aux produits issus de leurs jardins. “Nous tissons des liens et c’est essentiel.”
Et puis il y a la forêt, la jungle, qui entoure les villages. Madusha s’y échappe toujours. Elle entraine des amis et pieds nus, ils traversent un champs qui mène à la forêt. Ils escaladent ces grosses pierres recouvertes de mousse longeant les torrents et remontent ainsi vers ces espaces magiques. C’est ici vraiment qu’elle se ressource, sous ces canopées abritant des richesses insoupçonnées de faune, de flore. Elle s’arrête pour écouter cette vie éclatante qui semble percer de toute part.